69ème Salon de Montrouge (2026)
Talon fesse, talon sol (appareillage et literie)
curateur.ice Lucie Camous
De la photographie à la sculpture, les oeuvres de Caroline Mauxion matérialisent dans l’espace la présence du corps pour y jouer la tension entre l’équilibre et le déséquilibre. Transférés sur des morceaux de plâtre ou sur des bandes de tissu, ses clichés de membres dupliqués et superposés forment des collages de chair dont émane une sensualité douce. Imprimés sur papier et encadrés dans ses installations, que l’artiste décrit comme des « appareillages », ces fragments organiques visuels rencontrent des fragments organiques plastiques gros comme la main qui les a modelés : des volumes en plâtre, bandés et appuyés les uns contre les autres, ou bien maintenus par des tiges en métal aux airs de tuteurs. Libéré des contraintes de la bidimensionnalité, le corps photographié déborde de son support pour se prolonger en corps dans l’exposition et stimule chez les spectateur·rices une curiosité optique… autant qu’haptique.
(…)
Chez Caroline Mauxion, image et matière se mêlent pour former des oeuvres hybrides dont chaque élément devient interdépendant. On y croise toujours une même palette de couleurs charnelles, du blanc crème au lie-de-vin, mais aussi des matériaux souples – silicone, cuir, plâtre –, sciemment choisis pour leur texture évoquant celle de l’épiderme. Quant aux formes courbes, arrondies et abstraites de ses sculptures, elles n’appuient que davantage la rigidité du cadre orthogonal, dessinant une véritable esthétique du contraste. Avec ses grands assemblages de tissus imprimés, l’artiste commence plus récemment à éloigner la photographie du mur : devenue molle, aérienne, l’image s’y affirme d’autant plus clairement comme surface sensible et comme frontière entre le corps et le monde. Là où le corps non valide s’est inventé des outils pour s’adapter à la société, la jeune femme a ainsi trouvé les siens pour habiter l’espace d’exposition en assumant toute sa fragilité et sa porosité. Leitmotivs de ses oeuvres, les coutures, les noeuds et les tiges matérialisent alors l’importance des liens qui se tissent entre ces fragments de corps vulnérables, pour en exalter la puissance.
MATTHIEU JACQUET
Journaliste et critique d’art, rédacteur en chef adjoint du semestriel Numéro art.





