VU (Québec, 2022)
À charge de désir (suite)
Nous sommes au plus près de la chair, de ses plis et crevasses, de ses sensations. Le corps se révèle par fragments et des mouvements se dessinent : des peaux se touchent et s’agencent, une main se pose et cherche, un regard glisse. Se profilent aussi des os et des masses, avec des tiges et des cordons qui tiennent les morceaux en place. Là où se devine un nœud ou un point de rupture, là où l’ensemble pourrait se rompre, des structures viennent pallier, assurer un soutien. Cette quiétude apparente tient à des gestes prudents, qui veulent protéger quelque chose de soi ou d’un autre, tout en appelant parfois aussi à une tension, à un souffle, à un instant décisif qui pourrait tout faire céder.
C’est par des compositions photographiques élaborées et des sculptures aux formes organiques que Caroline Mauxion évoque ces sensations physiques qui nous lient à nos corps. Faisant appel plus précisément à sa mémoire de longs traitements orthopédiques, l’artiste instille la douleur ressentie dans son œuvre, mais la transpose aussi dans des sensations qui en sont proches : le soin, la sensualité, le désir. La précarité avec laquelle les images et les formes tiennent ensemble amène à considérer à la fois la fragilité de nos existences et la force de nos ressentis. Par leur disposition dans l’espace, les œuvres incitent au mouvement de notre propre corps parmi ces fragments corporels et à le concevoir comme partie prenante dans ce fin jeu d’équilibre.
À charge de désir (suite)
Here we move a little closer to the flesh, to its folds and clefts and sensations. The body is unveiled in fragments, and movements are traced: skin encounters skin and fits together, a hand touches and probes, a gaze wanders. Bones and blocks are held together by stalks and string. At knots or breaking points, places where everything could snap, structures are found providing help and support. The apparent tranquility requires careful gestures to protect aspects of ourselves or others, while also provoking tension, a breath, a decisive moment that could make everything give way.
Using elaborate photographic compositions and sculptures with organic forms, Caroline Mauxion evokes physical sensations that connect us to our bodies. Calling more specifically on her memory of lengthy orthopedic treatments, the artist distills the pain she felt into her work, but also into its neighbouring sensations: care, sensuality, desire. The precariousness with which the images and forms hold together suggests both the fragility of our existence and the strength of our perception. The positioning of the works in space spurs movement in our own bodies, surrounded as they are by corporeal fragments, and urges us to understand that they, too, are perched in the same delicate balance.









